Le patois de Comines

Mais finalement, qu’est-ce que c’est le patrimoine ? Eh bien, pour s’en tenir à l’étymologie, c’est l’héritage de nos pères. Et c’est dire si dans le patrimoine s’inscrivent bien d’autres choses que les monuments. Car que nous ont-ils laissé, nos pères, après tout? Leurs églises, certes, mais aussi leur Histoire, leurs coutumes, leurs livres, leurs travaux, leur cuisine, leurs fêtes, et avant toute chose, leur langue.

Parler du patrimoine sans évoquer peu ou prou le patois cominois, ça me semble donc aussi incongru qu’oublier de citer la piscine ou l’hôpital dans la liste de nos monuments. Pourtant, beaucoup (et peut-être certains parmi vous) voient dans ce verbiage une sorte de sous-langue, de dialecte grossier à bannir absolument, qui fait tache plus qu’il n’honore notre ville.
Sans aller jusqu’à vous faire un cours de linguistique, permettez-moi de rendre au patois de vos pères l’hommage qui lui est dû.

Chanson en patois sur le chemin de fer SIGNEECe patois, que certains appellent ch’timi (ou rouchi), est en fait du picard, c’est-à-dire une langue romane qui est issue du latin vulgaire (le latin des soldats venus envahir la Gaule), en même temps que le français et les autres langues dites « d’oïl ». Il ne s’agit donc pas d’un français déformé mais d’une autre dérivation du bas-latin, influencée par les invasions subies par notre pays à partir du IIIe siècle. Le picard comporte en effet des mots d’origine gauloise, germanique, celte et latine.

Il est difficile de dater la naissance du picard, mais on est sûr que cette langue était parlée largement au IXe siècle. Au moyen-âge, sous une forme écrite mêlée de français, elle a donné naissance à une production littéraire très riche : de nombreuses œuvres majeures de la France du Nord sont écrites en Franco-Picard : « Aucassin et Nicolette », par exemple.

Et puis plus tard arrive François 1er. C’est lui qui érige le français en langue officielle, interdisant en 1539, dans l’ordonnance de Villers-Cotterêts, qu’on utilise une autre langue dans les actes juridiques. Ne cherchez plus : c’est dès cette époque que le picard est assimilé au langage d’une population rurale manquant d’éducation. Un siècle plus tard, Molière, dans Monsieur de Pourceaugnac, fait d’ailleurs parler le picard à des personnages pour les ridiculiser.

Au XIXe siècle, le picard se transforme au gré de la révolution industrielle, et assez rapidement il devient une source de fierté. C’est la langue d’une partie de la population des villes, qui la revendique comme un signe de reconnaissance (s’opposant ainsi aux riches patrons qui eux parlent le Français). Elle est aussi très pratique quand on veut critiquer le patronat sans être compris…

Vous l’avez remarqué, on ne parle pas le même picard dans tout le Nord. Certains mots ou certaines prononciations peuvent changer. Le patois qu’on parle à Comines fait partie des variétés circum-lilloises.

En tout cas, depuis une vingtaine d’années, le picard, qu’il ne faut pas confondre avec le Français régional, semble connaître une certaine renaissance, auprès d’un public soucieux de renouer avec ses racines… D’ailleurs, la première université d’été picarde a vu le jour en 1983 et l’Université de Lille III a même ouvert un poste de langue picarde.

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L’incendie du Moulin Soete, à Comines-Warneton

moulin Soete en feuIl y a 22 ans, dans la nuit du 15 au 16 mai 1997, des pyromanes mettaient le feu au moulin Soete, à Comines-Warneton. Peut-être vous rappelez-vous ce triste acte de délinquance (et de connerie patentée) qui suscita beaucoup d’émotion : le moulin Soete avait en effet déjà connu à l’époque une existence très mouvementée, et Comines-Warneton était fière, à juste titre, de posséder l’un des sept plus grands moulins à vent d’Europe. Ce moulin classé était certes assuré, mais le remboursement ne pouvait pas suffire à couvrir les frais de sa restauration, et il fallut donc reprendre le combat pour faire reconstruire l’ouvrage avec les morceaux que le feu n’avait pas ravagés. De nombreuses festivités de soutien furent organisées. A la fin du mois d’août 2001, après quatre ans d’efforts, le fier et magnifique Moulin Soete se dressait à nouveau sur sa butte. Il est l’un des derniers ouvrages à pivot du pays. Chaque année, le deuxième week-end de septembre, il est mis à l’honneur lors de la Fête des Moissons.

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Le cimetière militaire de Comines

Cimetière militaire 3 signeeIl y  104 ans, le 16 mai 1915, la pâture Goeman, proche du cimetière civil, était réquisitionnée pour en faire un cimetière militaire. Un an après le début du conflit, le nombre de victimes était en effet déjà important. Quinze jours seulement après la réquisition de la pâture Goeman, figurez-vous que le nouveau cimetière militaire comptait déjà 1817 sépultures !!! Un mois plus tard, elles seront plus de deux mille ! En avril 1916, on érigera une chapelle dans ce nouveau cimetière, où on célèbrera les enterrements et où, avant cela, on déposera les corps des défunts.

Cimetière militaire allemand SIGNEEEn 1956, une opération d’urbanisme entraîne la fermeture du carré allemand du cimetière communal de Comines. Les soldats allemands qui y sont inhumés sont donc transférés dans la nécropole de Saint Laurent Blangy, près d’Arras, et le cimetière militaire cominois devient une simple extension du cimetière civil. Pourtant, aujourd’hui encore, on peut voir parmi les tombes le monument aux morts allemands qui avait été érigé en leur honneur.

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Jean Despautère, éminent latiniste et grammairien cominois

Johannes_DespauteriusSavez-vous que notre ville de Comines compta jadis l’un des plus grands linguistes de langue latine : Jean Despautère.

Pendant deux siècles, et bien que de nombreux ouvrages de ce genre aient été disponibles par ailleurs, sa grammaire latine fut utilisée dans tous les collèges jésuites de France. Bien des fois rééditée, traduite et adaptée, elle fut même si célèbre que le patronyme de son auteur devint un nom commun : on apprenait son Despautère comme plus tard on étudierait son Grand Bailly en grec, et comme on vous répéta bien souvent en cours de français : « Ouvrez votre Bled à la page 12 !»

Combien de collégiens ont maudit ce fichu Despautère jusqu’à la quinzième génération pour les avoir torturés avec les supins et les verbes déponents, avec la déclinaison imparisyllabique et les ablatifs absolus ! Il faut dire que les pauvres devaient apprendre le latin avec un livre écrit lui-même… en latin ! Imaginez un peu la difficulté. Une grammaire qui incontestablement était excellente en ce qu’elle révélait de manière très éclairante le fond même de la latinité, mais qui a ensuite été réservée aux fins lettrés et aux savants, – des ouvrages plus abordables ayant été rédigés pour les étudiants.

Despautère grammaire SIGNEEQuoi qu’il en soit, sachez que La Fontaine cite comme un clin d’œil dans sa fable Les Compagnons d’Ulysse un exemple-type figurant dans la grammaire de Despautère et appris par cœur par des cohortes de latinistes : « exemplum ut talpa ». De son côté, Molière évoque le grand grammairien dans une de ses comédies-ballets, La Comtesse d’Escarbagnas :

LE COMTE : « Omne viro soli quod convenit esto virile. Omne viri…

LA COMTESSE : Fi, Monsieur Bobinet, quelles sottises est-ce que vous lui apprenez là?

MONSIEUR BOBINET : C’est du latin, Madame, et la première règle de Jean Despautère. »

Mais qui était donc ce fameux pédagogue ? Jean Despautère naquit vers 1460 à Ninove, en Flandre, et on peut donc supposer que son patronyme si apparemment français devait plus vraisemblablement s’écrire De Spotter ou Van Pauteren. Il fit ses études à l’université de Louvain, où il professa ensuite lui-même les humanités. Le grammairien donna par la suite des cours à Bois-le-Duc et Bergues-Saint-Winox, avant d’être appelé à Comines par le seigneur humaniste Georges de Hallewyn, qui devint son mécène. Despautère ouvrit une école à Comines, qu’il dirigea, et il y enseigna le latin : magister linguam latinam docet.

Epitaphe Despautère MARQUEEIl finit ses jours à Comines, où il mourut en 1520. Guy-Patin, un médecin et homme de lettres du XVIIe siècle, inventa bien plus tard cette épitaphe humoristique : « Il sut la grammaire, il l’enseigna pendant nombre d’années, et cependant, il ne put décliner le tombeau.»  Mais si vous entrez dans l’église de Comines, sur votre droite, à l’entrée du couloir qui mène au campanile, vous verrez, scellée dans le mur, une plaque de pierre qui a été retrouvée dans les ruines de l’ancienne collégiale au moment de la reconstruction. Il s’agit en fait de la reproduction sur pierre de la véritable épitaphe de Despautère, qui à l’origine était gravée dans le bois. Son auteur est un carme d’Arras, Adrien du Hecquet, et ces quelques lignes nous apprennent que Jean Despautère était borgne, même si, ajoute le carme, ce fin lettré était plus clairvoyant qu’Argus, un géant de la mythologie grecque pourtant doté de cent yeux !

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Le comité hispano-américain à Comines

Il y a 104 ans, le comité hispano-américain venait ravitailler la population cominoise. Créée par Herbert Clark Hoover, cette organisation s’occupait de la recherche et de l’achat de nourriture, et, avec l’accord des Allemands, elle gérait aussi son transport, en collaboration avec la CRB (Commission for Relief in Belgium) laquelle, malgré le blocus des Alliés, importait en Belgique les denrées alimentaires nécessaires.

Le comité était placé sous le patronage des ambassadeurs des Etats-Unis et de l’Espagne. C’est pourquoi on le connaît surtout sous le nom de Comité hispano-américain. Le 30 Avril 1915, le conseil municipal avait demandé à M. Vincent Cousin, alors maire de Comines, de traiter avec le Comité Hispano-Américain C.R.B pour obtenir des vivres comme cela se faisait déjà en Belgique. Grâce à ce comité, des distributions de nourriture purent donc être organisées à Comines, et les indigents y eurent accès gratuitement. Pour les Cominois et pour toutes les populations souffrant des restrictions et de la pénurie engendrées par la guerre, l’aide apportée par le Comité Hispano-Américain était véritablement vitale. Dans son premier rapport annuel, Hoover, le fondateur du Comité, comparait d’ailleurs le Nord  » à un vaste camp de concentration dans lequel toute espèce de vie économique [était] totalement suspendue  » et où 2.125.000 personnes attendaient douloureusement qu’on les secoure.

Dessin Renard

Les magasins d’approvisionnement du Comité hispano-américain étaient indépendants des autorités allemandes qui s’étaient engagées à ne pas réquisitionner les denrées alimentaires et à les consacrer exclusivement à la population. Près de la moitié des vivres fournis (42 %) provenaient des Etats-Unis, 25 % arrivaient des colonies britanniques, 24 % de Grande-Bretagne et 9 % de pays neutres comme les Pays-Bas. Dans ces commerces, les Cominois pouvaient enfin trouver des produits de première nécessité, comme la farine, le froment, le riz et les pâtes, l’huile, les haricots, le lard, le sucre et le sel, le café et le savon. Plus tard, seraient aussi disponibles des pommes de terre venues de Hollande, des semences, des produits spéciaux pour les enfants ou des médicaments.

On peut dire que le Comité hispano-américain a sauvé de la famine la population du Nord et donc aussi les Cominois. C’est pourquoi j’ai choisi de vous en parler aujourd’hui, en cette date anniversaire du début de son action à Comines. Lorsque les Etats-Unis entreront à leur tour en guerre, au printemps 1917, c’est le comité hispano-néerlandais qui prendra la relève.

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Comines et les contributions de guerre

Bon de guerre signeeNous étions en guerre depuis quelques mois déjà lorsque le 7 novembre 1914, les Allemands exigèrent la première contribution de guerre à la Ville de Comines.

Dès le début de l’occupation, l’armée allemande imposa en effet aux populations civiles le financement de ses faits de guerre. Le commandant de place frappa donc les communes de multiples contributions et amendes. Dans les petites villes, il arriva même que l’autorité d’occupation se substitue à l’administration fiscale française, mais elle se heurta alors aux faibles capacités financières. En tout cas, il était de la compétence du maire de financer les contributions de Collégiale Saint- Pierre avec officiers allemands SIGNEEguerre que réclamaient les Allemands. Le 7 novembre 1914, la première contribution fut imposée à la ville de Comines, et elle fut rapidement suivie de deux autres. La commune ne disposant pas des sommes considérables en jeu, elle dut emprunter, d’abord aux notables cominois, puis à la ville de Lille, le remboursement de ces emprunts étant reporté à l’après-guerre. On émit aussi des bons de mairie, qui servaient de monnaie d’échange.

Quand une ville refusait de payer la contribution de guerre ou les amendes excessives dont elle était frappée, les Allemands n’hésitaient pas à recourir à des procédés odieux, la prise d’otages par
exemple, pour faire céder la municipalité. Autant dire que quand l’occupant réclama 687.925 francs le 9 mai 1916, il y a exactement 103 ans, les édiles avaient une raison non négligeable de s’inquiéter sérieusement…

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L’exode semble imminent.

Aujourd’hui, il y a exactement 102 ans, en cette année 1917 si douloureuse pour notre pays et particulièrement pour notre zone frontalière si proche du front, que Bas-Warneton, Houthem et Ten Brielen furent évacués. Cela faisait quelques jours déjà que la rumeur se répandait, mais malgré un démenti officiel, le 7 mai 1917 on décida que les habitants résidant au-delà du canal ainsi que ceux vivant à Bas-Warneton, Houthem et Ten Brielen devraient partir incessamment. Les Français furent très touchés moralement par cet exode, d’une part parce qu’ils redoutaient fort d’avoir eux aussi à abandonner leurs maisons ; d’autre part, parce qu’ils compatissaient bien sûr au sort de leurs voisins belges, qui dès le lendemain se lancèrent sur les routes avec leurs maigres bagages. L’exode ne concernait évidemment pas les hommes mobilisables, que les Allemands comptaient bien faire travailler à leur service. Il était évident pour tous qu’ils n’en resteraient pas là, et le cours de l’Histoire allait le prouver…

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