La Caisse d’épargne de Comines

Caisse d'épargne (2) SIGNEEJe vous parlais il y a quelque temps des somptueuses demeures des patrons des fabriques textiles à la fin du XIXe siècle. Il va sans dire que l’étonnante prospérité de leurs entreprises ne profita pas aux nombreux ouvriers qui y travaillaient. En effet, même si, comme dans les mines par exemple, les enfants étaient eux aussi embauchés dans les fabriques pour arrondir un peu les fins de mois, il était difficile à l’époque de faire vivre décemment toute une famille avec le fruit de son travail.

Or, au milieu du XIXe siècle, lorsque Napoléon III avait accédé au pouvoir, il se trouve que celui-ci avait marqué le début de son règne par différentes mesures sociales, l’une d’elles visant à favoriser les sociétés de secours mutuelles « si elles [acceptaient] le patronage des membres honoraires qui les [subventionnaient], du maire et du curé. » En 1857, le Conseil municipal de Comines décida donc de mettre en place une Caisse d’épargne. Celle-ci ne vit le jour que deux ans plus tard, le 2 janvier 1859. Installée dans une salle de l’hôtel de ville, elle était gérée par un conseil d’administration présidé par le maire Désiré Ducarin, et composé en grande partie de conseillers municipaux.

Très vite cependant, la salle de l’hôtel de ville se révéla bien trop étroite pour assurer le bon fonctionnement de la société de secours. En 1901, on décida donc de la doter d’un véritable « hôtel administratif » beaucoup plus spacieux et comportant même un logement de fonction. Ce bâtiment fut construit à l’angle des actuelles rues Gambetta et du Maréchal Leclerc, et avec sa pierre de taille et ses balcons, il avait vraiment fière allure.Caisse d'épargne

En 1905, la Caisse d’épargne s’affranchit de la gestion municipale et devint autonome. Une existence paisible allait cependant lui être… épargnée (c’est le cas de le dire.) Car évidemment, comme le reste de la ville, la Caisse d’épargne fut réduite à l’état de ruines pendant la Grande Guerre. On délocalisa donc la comptabilité à Lille, ensuite on transféra les bureaux dans une autre partie de la ville de Comines, et enfin il fut décidé de reconstruire l’édifice, qui fut achevé en 1925.

Près de quarante ans plus tard, pour faciliter sa gestion, la Caisse d’épargne cominoise fut ensuite rattachée à celle de Tourcoing. Et aujourd’hui, ce sont les infirmiers Bolin qui y ont installé leur cabinet.

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La vie de Louise à l’heure de l’occupation de Comines (fiction)

Comines, le 23 avril 1917

                Cher enfant,

Je ne sais pas quand cette lettre te parviendra, qui sait jamais d’ailleurs, car peut-être n’aurai-je pas à l’avenir le petit-enfant imaginaire auquel je m’adresse aujourd’hui. Cela peut sembler fou : écrire à quelqu’un qui
Place avant la guerre2 signeen’existe pas ; mais tu sais, quand la réalité est aussi brutale, aussi difficile à vivre, on essaie de s’accrocher à ses rêves, à ses illusions.  Que tu existes un jour ou pas, laisse-moi donc faire de toi l’espace d’un instant l’exutoire de mes angoisses et de mon chagrin.

C’est la guerre. Des chefs d’Etat, bien au chaud dans leur bureau présidentiel, ont décidé d’armer leurs troupes et d’entraîner leur pays dans un conflit que par naïveté chacun imaginait bref, mais qui s’éternise pourtant, et qui a déjà causé bien des morts, bien des souffrances. Mais quel sens tout cela a-t-il ?

Comines, ma chère petite ville, n’a pas été épargnée. En août 1914, elle a été vidée de tous ses hommes valides, qu’on a réquisitionnés et qui sont partis se battre, laissant là leurs maisons et leurs proches. Nous avons alors commencé à compter les jours et à nous inquiéter, à nous torturer l’esprit. Quand un soldat écrit à un parent et que la lettre arrive, aussitôt elle est lue et relue aux voisins, aux amis. La missive ne nous renseigne guère sur le conflit lui-même – car sans doute le courrier est-il censuré. De sorte qu’on est bien forcés d’écouter les rumeurs qui circulent et de croire la presse qui n’est pas rassurante : on parle d’Allemands tortionnaires, de civils fusillés, de blessés lâchement achevés, de viols, de tueries, de pillages. Comment savoir ce qui est vrai, là-dedans ? Je pense que personne ici n’oubliera le choc que nous avons éprouvé lorsqu’à la Collégiale, au moment du Salut, le Doyen Lamstaes nous a un soir annoncé qu’un soldat cominois, Alfred Goeman, avait été tué. Le surlendemain, la ville entière participait aux funérailles, et chacun se demandait si d’autres soldats allaient connaître le même sort. Et puis, quelques jours plus tard, on a appris que Victor Clicque avait été abattu lui aussi, et même avant Alfred Goeman. Qui serait le prochain ? Oh, je vais te dire, moi : des prochains, il y en a eu tant qu’il serait impossible de les nommer tous : dans cette chienne de guerre, chacun a perdu un mari, un frère, un fils, un ami, une connaissance ou un voisin. Les civils, et même les enfants ne sont pas épargnés : cinq gamins ont été tués l’an dernier, victimes de bombardements dans la ville, et le plus jeune avait juste quatre ans. Te rends-tu compte ?

Passage des troupes 1914 signeeJ’étais à l’église avec ma sœur Josiane quand nous avons appris que des troupes allemandes se dirigeaient vers Comines. La procession du Rosaire a été annulée, et tout le monde était abasourdi. On a vu alors arriver  par la rue des Trois-ballots à peu près quatre cents cavaliers venus de Bousbecque, en rangs impeccables, qui ont remonté la rue d’Hurlupin, ont gagné la place et ont poursuivi leur chemin en direction de la Belgique. Les gens à leur vue étaient terrorisés, certains se calfeutraient chez eux, d’autres s’étreignaient et pleuraient d’angoisse. Le lendemain, c’est toute une armée qui est arrivée de Wervicq : des milliers de cavaliers, mais aussi des voitures et des camions chargés de munitions. Ils se sont dirigés vers la route d’Armentières avant de se replier sur Comines et d’y chercher à se loger. Et c’est ce jour-là que les Cominois ont connu pour la première fois les boutiques dévalisées, les maisons vides pillées, les objets du quotidien réquisitionnés. Des notables se sont vu imposer un hôte qu’ils ont dû accueillir dans leur demeure bourgeoise. C’est le maire Ducarin, flanqué d’un militaire allemand, qui le leur a annoncé. Le pauvre ne pouvait lui-même qu’obéir aux ordres. Imagine un peu, mon petit, comme il doit être difficile moralement d’héberger l’ennemi au sein de sa maison ! Bien des fois, ensuite, nous avons vu passer des patrouilles d’infanterie, des chasseurs et des artilleurs, et chaque fois les rues sont alors gardées par des sentinelles ; on ne peut parfois même plus circuler en ville dans ces moments-là. Les aéroplanes survolent Comines, et tout cela est terriblement alarmant, crois-moi.

Bon de guerre signeeAh, vraiment, comment pourrions-nous l’ignorer, cette guerre ? La vie s’est beaucoup compliquée pour les Cominois. Faute d’ouvriers dans les usines, celles-ci ont fermé et ensuite, certaines ont été réquisitionnées pour servir d’écuries. Les familles se retrouvent sans ressources pour subsister. Les gens ont faim, -même ceux qui ont un peu d’argent-, car encore faut-il affronter la pénurie. Quelques subsides et des bons d’alimentation nous sont versés, heureusement il y a aussi un bureau de bienfaisance et surtout le Comité hispano-américain, où on peut acheter à bas prix des denrées nécessaires, et qui nous sauve de la famine. Les rations sont très insuffisantes pourtant. Et la peur ! Comment te dire la peur ? Les Allemands ont parfois pris des otages, des notables et même le Doyen, exigeant des contributions de guerre que la ville, dont les finances sont à sec, a bien du mal à verser. Et histoire de nous inquiéter davantage, les journaux ont maintenant cessé leur activité sur ordre de cette vermine, et la distribution du courrier est suspendue.

Les Allemands nous imposent bien des contraintes : le couvre-feu est fixé à 19h. Sans laisser-passer, il est maintenant interdit aux Cominois de quitter la ville et il est aussi place obus 280bimpossible de se soustraire aux nombreuses réquisitions : l’occupant a pris nos voitures il y a longtemps déjà ; il nous vole maintenant nos bicyclettes, nos matelas, nos vêtements chauds, nos draps, nos couvertures et surtout nos réserves alimentaires. Le vin, l’argenterie, les bijoux, tout est dévalisé. Et pour la première fois, j’ai vu mon père pleurer, lui, si fort, si solide : ce jour-là,  on lui avait enlevé ses chers pigeons, une vraie raison de vivre pour ce coulonneux.
Voilà que nos vies sont rythmées à l’heure allemande ; même les rues de Comines ont été rebaptisées. Et toujours au loin, le grondement des canons, le sifflement des obus, le tonnerre des bombardements, la pluie de la mitraille, les nappes de gaz dérivant parfois sur Comines… Malgré tout  cela, malgré l’inquiétude sur le sort de nos proches, il faut bien tenir. Il faut affronter la peur chaque fois qu’on sort de chez soi, parce que les Anglais, pour atteindre l’ennemi replié dans les usines, sont parfois amenés à bombarder la ville, quitte à tuer des civils. Le jour où les petits enfants dont je te parlais sont morts, c’est près de quarante obus qui sont tombés sur Comines.

On voit affluer à l’hôpital et à la Maison des Œuvres des soldats blessés par dizaines, parfois par centaines, tous terriblement atteints, et pour certains défigurés. La mort est pour eux une délivrance.  Mais qu’adviendra-t-il de mon fils Henri, de mon frère Jean ? Comme j’ai peur pour eux ! Un an après le début de la guerre, les Allemands ont réquisitionné la pâture de Goeman pour en Cimetière militaire 3 signeefaire un cimetière. Cela va te paraître incroyable, mais un mois plus tard, on y comptait plus de mille tombes. Quand Pierrot, le fils du voisin, a obtenu enfin une permission, la toute première ici, il est arrivé, maigri, sale, le visage fermé, et à son grand-père qui lui disait qu’il était un héros, il a répondu vivement : « Non, pépère ! Un héros, ça n’a pas peur de retrouver les tranchées ; un héros, ça n’est pas malade à la seule idée de subir à nouveau le froid, les poux, les rats ; un héros, ça ne pleure pas comme un gosse quand l’angoisse lui serre la gorge ; ça pense d’abord aux autres, un héros, ça ne se demande pas à longueur de journées s’il va réussir à sauver sa peau. »

Le mois dernier, une pluie d’obus est tombée sur la Gaie-Perche et sur la route de Wervicq. Je me demande quand tout cela s’arrêtera. Parfois il me vient des envies de quitter cette ville, et en même temps, je ne sais pas comment je réagirais si on devait m’y forcer. Qu’adviendrait-il de ma maison ? De ma chère ville natale ? De notre fier beffroi ? Qu’est-ce qui nous attend, tous ?

Une chose est sûre : le temps finira bien par faire son office, il pansera les blessures, apaisera les esprits. Peut-être même qu’un jour, les Cominois recommenceront à rire, à s’amuser à la Foire aux plaisirs et à la Fête des Louches. C’est la vie. Et sans doute qu’alors, on pourra vivre sans avoir sans cesse l’esprit occupé par la peur du danger, par l’angoisse de la mort, par le devenir de nos enfants, de nos soldats. Mais vois-tu petit, et retiens bien cela, car c’est quand même cette certitude que je voudrais te léguer : si un jour vient où on les aura complètement oubliés, ces poilus, ils seront bel et bien morts pour la seconde fois.

Je t’embrasse tendrement,

Ta mamie Louise

Texte : Marie-Anne Morel

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La Chapelle du Vieil-Dieu

Si on demande aujourd’hui à un Cominois où se trouve le Vieil Dieu, à coup sûr il est capable de situer précisément ce quartier familier. Pendant des siècles pourtant, cette partie de Comines est restée rurale et entièrement dévolue à l’agriculture. Elle portait déjà ce nom qu’elle tenait certainement d’un de ces vieux calvaires qu’on trouve dans nos campagnes à la croisée des chemins.

Digital Camera

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Seulement, voilà, l’espace rural ne dure qu’un temps ; et au milieu du XXe siècle, Comines est devenue une petite ville industrielle dont l’espace urbain est en pleine expansion. Après chaque conflit mondial, et particulièrement après la Seconde Guerre, de nouveaux quartiers sont apparus à la faveur de la reconstruction, et la ville a grignoté insensiblement la campagne.

Mais de nouvelles cités, ce sont aussi, forcément, de nouveaux habitants et également de nouveaux fidèles à accueillir en paroisse. En 1954, donc, conscient du problème que posait l’éloignement de l’église Saint-Chrysole, le Doyen Deconinck réserva une salle de la nouvelle Ecole Notre-Dame à la célébration de la messe le dimanche. La communauté chrétienne cominoise participa à l’aménagement de cette chapelle de fortune qu’il fallut bientôt agrandir, tant étaient nombreux les fidèles qu’elle accueillait. Cette situation a priori provisoire perdura pourtant pendant de longues années.

chapelle plan marquéeCertes, l’idée d’un lieu de culte définitif construit au cœur du quartier faisait bien son chemin, mais même si Comines était à l’époque la commune la plus étendue du diocèse dans l’arrondissement de Lille, le coût du projet était un obstacle important à sa réalisation. C’est le Doyen Delesalle, en multipliant les démarches et en mettant toute son énergie dans cette cause, qui obtint que fût enfin édifiée une nouvelle église dans le quartier du Vieil Dieu.

Depuis 1957, c’était l’association des Chantiers du diocèse qui supervisait la construction des nouveaux lieux de culte. Ses membres en étaient des clercs bien entendu, mais aussi et pour la première fois dans l’histoire de l’Eglise, des laïcs, ayant tous toutefois une expérience de terrain. L’association confia le projet de nouvelle église cominoise à un groupe d’architectes qui œuvraient régulièrement sur les chantiers diocésains, et c’est Maurice Salembier, membre de ce groupe, qui conçut en 1965 les plans d’une église censée accueillir trois-cent-dix personnes, et qui allait devenir la Chapelle du Vieil Dieu.

Vieil Dieu3 signéeAujourd’hui, vous connaissez tous ce bâtiment aux lignes trapues, couvert d’un toit de tuiles à longs pans, et dont la charpente de bois a volontairement été laissée apparente. Si vous y êtes un jour entré(e), vous vous rappelez peut-être l’autel aménagé en retrait de la nef, entre la sacristie et la chapelle de semaine. Peut-être aussi avez-vous admiré les œuvres d’art que l’église recèle : les vitraux que l’on doit à Claude Blanchet, le bas-relief sculpté par Martine Farge, et la belle croix d’émail, œuvre de François Fauck. La céramiste et sculptrice Jeanne Champillou a également créé sur commande une belle statue de la Vierge à l’Enfant, faite en terre cuite émaillée et rehaussée d’or et d’argent, qu’on a placée dans une niche de la chapelle.

ChampillouMais n’anticipons pas. Car le 28 novembre 1965, jour de sa bénédiction, la Chapelle n’était pas encore tout à fait achevée. En présence de représentants de l’évêché et d’une foule considérable, le lieu de culte fut cependant béni et consacré à Notre-Dame du Sacré Cœur. Dans celui des Cominois, elle allait rester très simplement la « Chapelle du Vieil-Dieu. » Celle qu’on surnomme aussi parfois la « troisième église de Comines » allait par la suite accueillir de nombreux fidèles lors des célébrations dominicales ou au moment des grandes fêtes liturgiques. C’est là aussi qu’avaient lieu les célébrations destinées aux enfants du catéchisme ;Champillou là que beaucoup effectuèrent leur première communion ; là qu’ils se préparèrent, pendant le temps pascal, au sacrement de Réconciliation.

Je ne doute donc pas un instant que la majorité d’entre vous a des souvenirs liés à ce lieu sacré. Personnellement, en écrivant ces lignes, j’ai une pensée pour Sœur Claire, dont le souvenir est pour moi absolument indissociable des moments passés au Vieil Dieu. Je suis sûre que parmi vous, beaucoup le comprendront.

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Comines germanisée

Il est difficile de raconter la vie des Comines lors de l’occupation allemande : il y aurait tant à dire! Les prises d’otages, la destruction du petit pont, l’installation de la kommandantur, les mouvements de troupes, la multiplication des lazaretts, les réquisitions, la circulation réglementée, les églises indisponibles, les bombardements…La liste est longue, des sujets que nous pourrions aborder.

plaqueapturePour marquer son territoire et bien rappeler qu’il est désormais chez lui, l’ennemi prend des mesures parfois symboliques – ainsi le passage à l’heure allemande et le changement des noms de rues.

Celui-ci intervient il y a pratiquement cent ans, le 20 novembre 1915. Les Allemands conçoivent un nouveau plan de Comines dans lequel un certain nombre de rues et de places sont germanisés. S’ensuit l’installation de nouveaux panneaux de signalisation. A la stupeur des Cominois, la Grand Place s’appelle désormais Kaiser Platz ; la rue Gambetta devient Bismarck strasse ; la rue du château, Altschloss strasse ; la Rue de la République se nomme désormais Kaiser strasse ; la rue de la gare, Bahnhofstrasse, et, côté belge, la rue du faubourg devient König Friedrich-August strasse. Le pont-frontière est lui aussi rebaptisé : il s’appelle désormais Ludwigsbrücke. Comprenez bien qu’exalter des territoires, des hommes d’état et des  souverains allemands était une manière forte de marquer au quotidien la présence de l’envahisseur et de saper le moral des Français.

 

 

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Une bien curieuse procession vers la centrale de Comines

Il y a exactement 70 ans, le 17 novembre 1948, une bien curieuse procession suscitait la curiosité en avançant vers l’actuelle cité EDF. De curés, point. Et pas l’ombre d’un enfant de chœur non plus. Car la procession en question n’avait rien de religieux ; il s’agissait tout simplement (si je puis dire) d’un convoi exceptionnel venu de l’usine Alsthom de Belfort, et qui apportait les stators de la nouvelle centrale Comines II.

rotor-1948-2-signeeUn stator, c’est l’énorme pièce fixe qui, avec le rotor, constitue un alternateur, et dans laquelle va apparaître le courant électrique. Cet enroulement de fils ne pèse rien moins que cent tonnes, c’est dire si  la remorque à quarante-huit roues fit sensation en traversant la ville. Les Cominois la suivirent jusque dans la cité EDF. Là, une gigantesque grue accueillit le stator et le souleva pour le déposer dans la salle des machines.

Sept ans plus tôt avait germé l’idée de bâtir une nouvelle centrale à côté de l’ancienne, qui couvrait les besoins de Comines-Halluin et qui avait été construite en 1920 au bord de la Lys (un débit d’eau important est nécessaire pour alimenter les turbines en vapeur et la Lys permet l’approvisionnement en charbon par péniches ). La guerre ne l’avait pas ménagée : au contraire, Comines I avait été visée plusieurs fois par les troupes alliées pour des raisons stratégiques. Après le conflit, il fallut donc réparer les dégâts et surtout se donner les moyens de répondre à une demande en énergie plus importante. C’est ainsi que le chantier Comines II avait été lancé.

rotor1948-signeeMoins de quarante ans plus tard, le 1er avril 1985, la centrale Comines II était mise en position déclassée en réserve après 142 697 heures de fonctionnement. Elle avait produit en tout 16 463 GWh et avait fait travailler jusque 473 agents (sans compter les quelque cent-cinquante emplois extérieurs induits, notamment dans le commerce.) Pour les Cominois, c’est une page importante de leur histoire qui se tourne ce jour-là,  – une nouvelle épreuve après la crise du textile. Mais ça, alors qu’ils s’émerveillent en voyant arriver le convoi du tout-nouveau stator, ils sont bien loin de se l’imaginer. Il est vrai que si la route est sinueuse, c’est pour que l’Homme ne puisse pas voir à l’avance les embûches qui l’attendent…

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Comines à l’heure allemande

Tous les ans, les médias nous rebattent les oreilles avec le passage à l’heure d’hiver. En 1914, il en fut un bien plus traumatisant : c’est le passage à heure allemande pour toutes les zones occupées. En effet, bien au-delà du simple aspect pratique, ce décalage était un symbole fort de l’occupation : c’est une manière de montrer que désormais ce sont les Allemands qui font la loi.

Nous sommes le 1er novembre 1914 quand l’horloge du beffroi de Comines est avancée d’une heure pour se caler sur celle de Berlin. A l’époque, notre pays suit le temps universel (l’heure GMT). Or, depuis 1893, à cause du développement des lignes ferroviaires, l’Allemagne a abandonné les heures locales des différents États allemands pour se régler sur le tout-nouveau fuseau MEZ, adopté dans tout l’empire allemand et dans l’empire austro-hongrois. Et ce fuseau MEZ est décalé d’une heure par rapport à l’heure GMT. Quand il est 15 h à Comines, il est 16 h à Berlin.

Le passage à l’heure allemande dans les territoires occupés va engendrer des situations abracadabrantes : Mulhouse passera ainsi cinq fois de l’heure française à l’heure allemande et vice-versa en seulement quatre ans !

Cette mise à l’unisson forcée avec l’occupant se renouvela pendant la Seconde guerre mondiale. Si bien que dans les années 50, il n’était pas rare d’entendre dans les campagnes, quand on donnait l’heure, la précision « à la nouvelle » ou « à l’ancienne » : « Il est neuf heures, à la nouvelle » signifiait « à l’heure allemande ». « Il est neuf heures, à l’ancienne » voulait dire « Il est neuf heures, d’après le temps moyen d’avant-guerre. »

 

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Comines sous les eaux

inond
Chaque fois que se produisent des intempéries, les images des inondations au journal télévisé ne manquent jamais de nous émouvoir. Elles nous renvoient à notre propre histoire, car de tout temps, et jusqu’à l’installation de l’écluse barragée de Bas-Warneton en 1983, Comines a régulièrement souffert des caprices de la Lys, particulièrement sur la rive gauche (Comines Belgique), qui est plus basse que la rive française.

Malgré la création d’une écluse secondaire en 1870, censée prévenir les inondations, rien ne put arrêter l’incroyable crue de la rivière lors des pluies diluviennes qui s’abattirent sur Comines il y a précisément 124 ans, le 30 octobre 1894.

La vallée devint ce jour-là un gigantesque lac où se noyèrent les ponts, la Lys, la Morte-Lys, les pâtures, les arbres, les rues, les caves, les puits et les bâtiments. Le pont-frontière lui-même fut englouti par le courant et rendit toute communication impossible entre les deux Comines. Dans les bas champs de l’ouest, les granges furent inondées à hauteur de deux mètres. Le mauvais état du système d’évacuation aggrava la situation, surtout pour les riverains de la Morte-Lys, en Belgique, et les Cominois furent contraints d’utiliser des barques et des passerelles de secours pour circuler.

Et cette inondation dura une semaine. On imagine la détresse des Cominois… Quand la décrue survint enfin, on prit mieux conscience des dégâts importants que la montée des eaux avait occasionnés, et, pour les particuliers, les industriels et les paysans, les dommages furent évalués à 110.000 francs (soit, compte tenu de l’érosion monétaire, à peu près 425.000 euros). Plus de mille ouvriers se retrouvèrent au chômage technique, et leur manque à gagner s’éleva, pour les seuls Français, à 15.000 francs.

Des distributions de pain furent assurées par le bureau de bienfaisance, la paroisse organisa des quêtes pour participer au secours des sinistrés les plus durement touchés : chacun avait dû en effet déclarer les dommages dont il avait été victime.

Les pompiers eurent fort à faire pour évacuer l’eau dans les caves. Les flots boueux avaient tout souillé, et il fallut donc prendre des mesures d’hygiène draconiennes. Toutes les parties des maisons atteintes par la montée des eaux furent lavées à l’eau phéniquée. On enduisit aussi les murs de chaux, et on nettoya minutieusement les puits. Les Cominois eurent cependant la consigne de n’en utiliser l’eau qu’après l’avoir fait bouillir.

« Et le pont ? » me direz-vous. Il fallut effectivement le remettre en état, et cela ne fut pas sans engendrer des contrariétés administratives : en effet, faisant fi du Traité de Tournai de 1862 qui stipule que le pont-frontière appartient pour moitié à la France et pour l’autre à la Belgique, avec tout ce que cela implique dans le financement de l’entretien et des éventuels travaux, le gouvernement français refusa tout net de payer la réparation du pont (allez savoir pourquoi, il avait par contre toujours accepté sans broncher les quelque 85.000 francs annuels de droits de douane que le pont lui rapportait). Par ce déplorable dédit de l’Etat, voilà donc la ville de Comines forcée de payer les travaux du pont-frontière. Elle protesta, certes, mais ce fut en vain.

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