Une bien curieuse procession vers la centrale de Comines

Il y a exactement 70 ans, le 17 novembre 1948, une bien curieuse procession suscitait la curiosité en avançant vers l’actuelle cité EDF. De curés, point. Et pas l’ombre d’un enfant de chœur non plus. Car la procession en question n’avait rien de religieux ; il s’agissait tout simplement (si je puis dire) d’un convoi exceptionnel venu de l’usine Alsthom de Belfort, et qui apportait les stators de la nouvelle centrale Comines II.

rotor-1948-2-signeeUn stator, c’est l’énorme pièce fixe qui, avec le rotor, constitue un alternateur, et dans laquelle va apparaître le courant électrique. Cet enroulement de fils ne pèse rien moins que cent tonnes, c’est dire si  la remorque à quarante-huit roues fit sensation en traversant la ville. Les Cominois la suivirent jusque dans la cité EDF. Là, une gigantesque grue accueillit le stator et le souleva pour le déposer dans la salle des machines.

Sept ans plus tôt avait germé l’idée de bâtir une nouvelle centrale à côté de l’ancienne, qui couvrait les besoins de Comines-Halluin et qui avait été construite en 1920 au bord de la Lys (un débit d’eau important est nécessaire pour alimenter les turbines en vapeur et la Lys permet l’approvisionnement en charbon par péniches ). La guerre ne l’avait pas ménagée : au contraire, Comines I avait été visée plusieurs fois par les troupes alliées pour des raisons stratégiques. Après le conflit, il fallut donc réparer les dégâts et surtout se donner les moyens de répondre à une demande en énergie plus importante. C’est ainsi que le chantier Comines II avait été lancé.

rotor1948-signeeMoins de quarante ans plus tard, le 1er avril 1985, la centrale Comines II était mise en position déclassée en réserve après 142 697 heures de fonctionnement. Elle avait produit en tout 16 463 GWh et avait fait travailler jusque 473 agents (sans compter les quelque cent-cinquante emplois extérieurs induits, notamment dans le commerce.) Pour les Cominois, c’est une page importante de leur histoire qui se tourne ce jour-là,  – une nouvelle épreuve après la crise du textile. Mais ça, alors qu’ils s’émerveillent en voyant arriver le convoi du tout-nouveau stator, ils sont bien loin de se l’imaginer. Il est vrai que si la route est sinueuse, c’est pour que l’Homme ne puisse pas voir à l’avance les embûches qui l’attendent…

Publicités
Publié dans Services et associations | Tagué | 2 commentaires

Comines à l’heure allemande

Tous les ans, les médias nous rebattent les oreilles avec le passage à l’heure d’hiver. En 1914, il en fut un bien plus traumatisant : c’est le passage à heure allemande pour toutes les zones occupées. En effet, bien au-delà du simple aspect pratique, ce décalage était un symbole fort de l’occupation : c’est une manière de montrer que désormais ce sont les Allemands qui font la loi.

Nous sommes le 1er novembre 1914 quand l’horloge du beffroi de Comines est avancée d’une heure pour se caler sur celle de Berlin. A l’époque, notre pays suit le temps universel (l’heure GMT). Or, depuis 1893, à cause du développement des lignes ferroviaires, l’Allemagne a abandonné les heures locales des différents États allemands pour se régler sur le tout-nouveau fuseau MEZ, adopté dans tout l’empire allemand et dans l’empire austro-hongrois. Et ce fuseau MEZ est décalé d’une heure par rapport à l’heure GMT. Quand il est 15 h à Comines, il est 16 h à Berlin.

Le passage à l’heure allemande dans les territoires occupés va engendrer des situations abracadabrantes : Mulhouse passera ainsi cinq fois de l’heure française à l’heure allemande et vice-versa en seulement quatre ans !

Cette mise à l’unisson forcée avec l’occupant se renouvela pendant la Seconde guerre mondiale. Si bien que dans les années 50, il n’était pas rare d’entendre dans les campagnes, quand on donnait l’heure, la précision « à la nouvelle » ou « à l’ancienne » : « Il est neuf heures, à la nouvelle » signifiait « à l’heure allemande ». « Il est neuf heures, à l’ancienne » voulait dire « Il est neuf heures, d’après le temps moyen d’avant-guerre. »

 

Publié dans Grande guerre | Tagué , | 1 commentaire

Comines sous les eaux

inond
Chaque fois que se produisent des intempéries, les images des inondations au journal télévisé ne manquent jamais de nous émouvoir. Elles nous renvoient à notre propre histoire, car de tout temps, et jusqu’à l’installation de l’écluse barragée de Bas-Warneton en 1983, Comines a régulièrement souffert des caprices de la Lys, particulièrement sur la rive gauche (Comines Belgique), qui est plus basse que la rive française.

Malgré la création d’une écluse secondaire en 1870, censée prévenir les inondations, rien ne put arrêter l’incroyable crue de la rivière lors des pluies diluviennes qui s’abattirent sur Comines il y a précisément 124 ans, le 30 octobre 1894.

La vallée devint ce jour-là un gigantesque lac où se noyèrent les ponts, la Lys, la Morte-Lys, les pâtures, les arbres, les rues, les caves, les puits et les bâtiments. Le pont-frontière lui-même fut englouti par le courant et rendit toute communication impossible entre les deux Comines. Dans les bas champs de l’ouest, les granges furent inondées à hauteur de deux mètres. Le mauvais état du système d’évacuation aggrava la situation, surtout pour les riverains de la Morte-Lys, en Belgique, et les Cominois furent contraints d’utiliser des barques et des passerelles de secours pour circuler.

Et cette inondation dura une semaine. On imagine la détresse des Cominois… Quand la décrue survint enfin, on prit mieux conscience des dégâts importants que la montée des eaux avait occasionnés, et, pour les particuliers, les industriels et les paysans, les dommages furent évalués à 110.000 francs (soit, compte tenu de l’érosion monétaire, à peu près 425.000 euros). Plus de mille ouvriers se retrouvèrent au chômage technique, et leur manque à gagner s’éleva, pour les seuls Français, à 15.000 francs.

Des distributions de pain furent assurées par le bureau de bienfaisance, la paroisse organisa des quêtes pour participer au secours des sinistrés les plus durement touchés : chacun avait dû en effet déclarer les dommages dont il avait été victime.

Les pompiers eurent fort à faire pour évacuer l’eau dans les caves. Les flots boueux avaient tout souillé, et il fallut donc prendre des mesures d’hygiène draconiennes. Toutes les parties des maisons atteintes par la montée des eaux furent lavées à l’eau phéniquée. On enduisit aussi les murs de chaux, et on nettoya minutieusement les puits. Les Cominois eurent cependant la consigne de n’en utiliser l’eau qu’après l’avoir fait bouillir.

« Et le pont ? » me direz-vous. Il fallut effectivement le remettre en état, et cela ne fut pas sans engendrer des contrariétés administratives : en effet, faisant fi du Traité de Tournai de 1862 qui stipule que le pont-frontière appartient pour moitié à la France et pour l’autre à la Belgique, avec tout ce que cela implique dans le financement de l’entretien et des éventuels travaux, le gouvernement français refusa tout net de payer la réparation du pont (allez savoir pourquoi, il avait par contre toujours accepté sans broncher les quelque 85.000 francs annuels de droits de douane que le pont lui rapportait). Par ce déplorable dédit de l’Etat, voilà donc la ville de Comines forcée de payer les travaux du pont-frontière. Elle protesta, certes, mais ce fut en vain.

Publié dans Manifestations, faits divers et événements. | Laisser un commentaire

Monsieur Louis Colmont prend sa retraite – allocution d’André Schoonheere en son honneur.

Le CES actuel ne permet pas d’imaginer l’ancien CC dont il est issu, tel qu’il existait il y a un quart de siècle. Rares sont parmi nous ceux qui peuvent témoigner de tous les changements survenus depuis cette époque. Louis Colmont est de ceux-là. Il a vécu toutes les métamorphoses de l’insecte scolaire. Mais lui-même, à peine touché par le temps, se reconnaît pareil aujourd’hui à ce qu’il était aux premières heures de la rentrée 1948.

  Pendant ses 26 ans d’exercice à Comines, les générations successives d’élèves et de collègues ont découvert les mêmes traits étonnants de son caractère, apprécié les manifestations éclatantes de son énergie, supporté sans douleur excessive ses débordements d’humeur que tout le monde s’accorde à pardonner tant ils traduisent un naturel sincère, beaucoup plus sympathique que redoutable. Alors que l’école poursuit son évolution, lui, l’un de ses plus constants et immuables serviteurs, s’arrête, impatient soudain d’être en retraite. Comme on ne le voit pas homme tranquille et oisif, son départ surprend quand même et marque la fin d’un compagnonnage qu’on eût aimé prolonger. Alors qu’il tourne allègrement la page sur un long passé laborieux s’ouvre pour nous le catalogue des souvenirs toujours vivants, inoubliables.

Dès les premières heures de la rentrée, en octobre 1948, l’ambiance de la rue d’Hurlupin, et surtout des classes du Cours Complémentaire, changea de ton. La composante Louis Colmont avait communiqué à l’équipe enseignante une ardeur inconnue et provoqué parmi les élèves une surprise inquiète. Le nouveau professeur s’imposait tout de suite par son dynamisme débordant et cette voix puissante qui, par éclats soudains, secouait les esprits et les corps. Désormais il fallut s’accommoder de vivre au contact d’un orage magnétique permanent. Les classes où il passait se changeaient en cages aux ions d’où l’on sortait chargé d’électricité. De temps en temps, dans le silence des heures de travail, la foudre tonnait, le verbe terrible du magister réveillait un endormi, fustigeait un paresseux, brocardait un maladroit. Et tous les échos de l’école répercutaient des mots vibrants et cinglants.

Au cœur de la cité, il produisit des effets similaires. Actif et dévoué, il consacra son énergie et son savoir-faire aux œuvres de divers groupements locaux, avec la même fougue ardente et retentissante. En bénéficièrent les anciens combattants et prisonniers de guerre, les membres des amicales laïques de Comines et de Sainte-Marguerite, les Amis de Comines, le Comité de la Fête des Louches, les philatélistes, d’autres encore. Ses collègues, étonnés de sa promptitude, le dénonçaient entre eux « Louis File-Vite ». Et quand une rue nouvelle reçut le nom de Louis Braille, ils se dirent, avec la même affection amusée, que c’était peut-être en son honneur.

Sous des dehors impressionnants se découvrent les qualités profondes, les capacités sûres du maître et du compagnon de travail. Les changements et les réformes qui remodelaient sans cesse l’école l’amenèrent à tout enseigner, les mathématiques et le français, les sciences et les arts. Mais deux disciplines ont particulièrement illustré son savoir et son talent : les sciences naturelles et la musique dont il devint le spécialiste incontesté. Très entreprenant, doué d’une habileté manuelle peu commune, il parvint, avec de faibles moyens matériels, à remonter les collections indispensables à son enseignement. Aujourd’hui tout s’achète parfaitement naturalisé, conditionné, classé. Il fallait alors beaucoup de soin, de persévérance, pour préparer les pièces à observer, assurer l’élevage des animaux à étudier, têtards, poissons, serpents. Il y eut toute une période de sa vie consacrée à la chasse aux papillons. Un filet de sa confection rafla des nuées d’insectes qui trouvèrent place dans de multiples boites vitrées. Le filet ne fut remisé qu’après épuisement de la faune, non sans avoir servi à rattraper, une fois, le perroquet d’une voisine évadé de sa cage. Les élèves, enthousiasmés, capturaient pour lui toutes sortes de bêtes : rats, souris, oiseaux, reptiles. Un terrarium hébergeait pour un temps des pensionnaires variés, lézards, orvets, et jusqu’à deux couleuvres qui disparurent un jour au risque d’émouvoir tous les habitants du quartier.

Son génie du bricolage s’employait aussi d’autres manières. Aucun mécanisme ne l’embarrasse, et des appareils en panne ont trouvé en lui leur premier réparateur. Aucune serrure ne lui résiste. Combien de fois on put, grâce à lui, ouvrir une porte ou une armoire dont la clé était égarée. Excédé par l’irrégularité de l’horloge de l’école, il s’en fabriqua une, à moteur électrique, avec des pièces de meccano, et celle-ci marche toujours dans sa classe, étonnant objet à la fois puéril et génial qui porte sa marque.

La musique, qui est une de ses passions, a mobilisé une grande part de son énergie. Sous sa baguette, la chorale de l’école connut des heures de gloire après des répétitions bouillonnantes pendant lesquelles, polyphoniste infatigable, il soutenait toutes les voix mal assurées, éliminait férocement tous les timbres au diapason des casseroles. Quand, après des années de patience, il put enfin disposer d’un harmonium, il s’en fit un instrument familier, confident de ses espoirs, complice de ses recherches harmoniques très personnelles. Souvent, la classe faite, il s’attardait, pour son plaisir, à lui faire rendre tout ce qu’il pouvait. Et l’école déserte résonnait, pendant de longues minutes, d’hymnes et de cantates comme une cathédrale.

Une autre de ses passions est de notoriété publique, celle de l’équitation, son sport favori. Cavalier accompli, il préfère les bêtes nerveuses, difficiles, qu’il domine avec maîtrise, s’amusant de leurs écarts et de leurs frémissements. Domptée certes, sa monture demeure fringante et piaffante, moins par naturel peut-être que par l’excitation communiquée par son maître. Ce talent trouve chaque année sa plus belle illustration à l’occasion de la Fête historique des Louches. Son apparition dans le cortège, sous le haubert du croisé maillé de ses mains, ou sous la cotte du héraut armoriée par ses soins, en fait le personnage le plus en vue et tient souvent de la performance équestre. Éblouissant de dextérité à cheval, il soulève l’admiration. Aux commandes d’un véhicule qui lui offre la puissance de plusieurs chevaux-vapeur, il n’éblouit pas moins, mais il laisse le spectateur éberlué, ou le passager crispé d’angoisse. Par la mystérieuse adjonction de son fluide, une modeste cylindrée bondit comme un bolide de course. Sous sa main preste et guidée par son regard d’épervier, la berline familiale dévore l’espace comme un météore, ne négocie pas les virages mais les efface, semble clouer sur place les autres usagers de la route dont elle se joue dans les encombrements avec des frôlements vifs à donner le frisson.

Moins soutenu qu’emporté par son tempérament, Louis Colmont suscite l’intérêt par l’étonnement. Sa compétence certaine dans de nombreux domaines – qu’il s’agisse de sciences ou de techniques, d’organisation ou de service- son adresse quasi infaillible sont liées dans notre appréciation à cette espèce de passion sauvage qui l’anime et s’exprime verbalement avec une violence débridée. Ces traits nettement accusés font croire qu’il est tout d’une pièce et sans mystère. Au contraire, pour ceux qui le connaissent mieux, ils masquent une nature contradictoire et des comportements paradoxaux.

Ses anciens élèves le verront et l’entendront toujours dans leur mémoire. Ils savent, ils ont vite su, qu’il n’était pas méchant ni féroce. Mais sa manière tenait beaucoup du magistère rigoureux d’antan peu sensible aux nouvelles méthodes. Venu tardivement aux classes secondaires, il a plus ou moins gardé ses habitudes de l’enseignement élémentaire, inculquant règles et nomenclatures par une répétition obstinée, promenant sur les têtes rétives une férule endiablée. Se heurtant à une docilité et une attention moindres que celles de très jeunes élèves, il a mené sa classe comme une guerre impitoyable contre la dispersion, la confusion, toutes formes de négligence ou d’oubli. Peccadilles ou fautes lourdes, rien n’échappait à sa vigilance et les coupables se faisaient rudement tancer. D’un répertoire torrentiel et varié d’invectives, les expressions de « chinois volant, tronc de cône, pyramide sur la pointe » font figure de délicieux euphémismes. Ce Jupiter fulminant, loin des aigles de l’Olympe, faisait tomber le ciel sur une humble basse-cour. La basse-cour se vengeait à sa manière, tantôt en provoquant l’orage qui agrémentait la vie monotone de l’écolier de délicieuses terreurs, tantôt en restituant un savoir erratique dans des réponses écrites ou orales inattendues. La foire aux cancres n’est pas une invention récente. De tout temps, et en toute matière, les potaches en proie à l’enseignement obligatoire ont élaboré de curieux produits de l’alchimie mentale. Les sciences naturelles offrent un champ fertile aux extravagances innocentes. Le professeur eût pu se constituer un volumineux sottisier et l’enrichir tout récemment de deux dernières découvertes, à savoir que l’hélicoptère est un coléoptère nuisible ou que le ver à soie ne devient papillon qu’au sortir d’une enveloppe timbrée.

Moins amusé par la poésie spontanée de ces déclarations que scandalisé par leur stupidité, Louis Colmont s’insurge et doute. À l’entendre, on le croirait prêt à répudier sa profession, à nier son efficacité, et ses élèves lui semblent, en majorité, bons pour les plus rudimentaires besognes. Sa révolte n’est pas feinte, mais elle soulage et ne l’épuise pas. Le métier le désespère si peu qu’il a accepté, ces derniers temps, d’éduquer les débiles mentaux dont il s’occupe avec une inlassable patience.

La pédagogie n’est pas seule à nourrir son ressentiment. La vie sociale et politique excite aussi sa bile. Il se déclare volontiers anarchiste, entendant par là que tout être normalement intelligent doit pouvoir se gouverner seul. Il en déduit qu’une règle jugée illogique ne mérite pas d’être observée.

Conducteur, il se dit : pourquoi s’arrêter au signal STOP quand aucun véhicule n’est en vue ? Mais cette émancipation qu’il revendique pour lui-même, il refuse de la généraliser. Sa vision manichéenne du monde lui fait voir trop d’imbéciles et d’irresponsables contre une minorité d’êtres raisonnables. Les premiers justifiaient les commandements les plus stricts et la répression la plus sévère en cas de manquement. Loin d’apaiser son ire par des lectures lénifiantes, il s’échauffe l’humeur à parcourir la prose épicée du Canard enchaîné qui relève tant de sujets de scandale. Si les mots peuvent tuer, ceux qu’il emploie à l’adresse des filous, des corrompus, des tarés et des incapables de tout poil les auraient depuis longtemps exterminés. Mais en fait, faut-il craindre un homme qui a fait la guerre dans les services de santé et ne connaît d’autre arme que la seringue pour le soulagement de la dolente humanité ?

D’autres contradictions apparaissent dans son comportement. D’une franchise absolue, celle qui ne s’embarrasse point de précautions, il use sans complexe d’un langage rien moins que châtié d’une verdeur à faire pâlir un vétéran de garde. Dans ses propos touchant des articles de foi, il est souvent hérétique et blasphématoire avec intrépidité. Mais loin de travailler à pourvoir les chaudrons de l’enfer, il sait se faire chantre et organiste à l’église au milieu des âmes candides ouvertes aux joies célestes.

Il n’est donc pas simple de le comprendre. Pour mieux le saisir, interrogeons les sciences du mystère des destinées et des personnes, l’astrologie et la caractérologie.

Il est né le 2 septembre 1914, c’est-à-dire sous le signe de la Vierge. Or il est dit du virginien qu’il est avant tout un être raisonnable, qu’il n’enfreint pas les lois et les règlements, que son moi rétracté l’incite à la réserve, à la temporisation. Inutile d’en dire davantage. Dans le ciel astrologique de 1914, les signes de perturbation grave n’annonçaient pas seulement la Grande Guerre. Certaines planètes influencent de virginien. Mercure en fait un tempérament nerveux, le rend ambivalent, alternativement économe et prodigue, rationnel et illogique, et le prédispose aux travaux de précision, l’horlogerie ou la chirurgie. Si Mars intervient, le sujet devient hyperactif, anticonformiste ; le sens critique s’aiguise, le jugement est précipité ; le tempérament colérique apparaît. Que Pluton se manifeste à son tour, et le virginien se défoule, relevant alors du complexe anal relâché.

Cette planère donne un dynamisme extraordinaire. Elle évoque le dieu des enfers qui rend prompt à condamner les autres, dieu aussi de la richesse qui aggrave le sens de l’économie du virginien. Ainsi s’explique le goût de collectionner, insectes ou timbres, et d’amasser jusqu’aux moindres valeurs. N’a-t-on pas vu, pendant des années, Louis Colmont saisi d’une espèce de tic à la vue de certains petits papiers ? Il plongeait soudain vers le trottoir ou le ruisseau pour cueillir les emballages rejetés de bonbon et de chocolat, les fameux points D.H convertibles en objets plus nobles. Cette gymnastique fut doublement profitable. Elle semble avoir aussi rendu la souplesse à une colonne vertébrale que des chocs violents avaient tassée, nécessitant une pénible intervention chirurgicale.

Un curieux mélange de tempéraments nerveux et colérique, une étonnante conjonction de Mercure, Mars et Pluton expliquent les traits les plus saillants de son caractère que l’âge ne semble pas atténuer. Mais Louis Colmont garde encore son mystère. Ne vient-il pas récemment d’embarrasser la justice elle-même ? Il a comparu, ces jours-ci, devant le juge pour une bénigne histoire de cheval de promenade qu’une selle mal sanglée avait blessé. Mis en cause en tant que responsable équestre, alors que la faute incombait au propriétaire, il fut condamné légèrement et pour le principe. Quelle erreur ! Lui le bon cavalier, l’indéniable conquête du cheval, le centaure des plages, ne sera jamais le bourreau des bourrins.

Mais voici que l’heure de la retraite sonne. Après 40 ans de pédagogie et 26 ans d’activité cominoise, Louis Colmont est toujours ardent, dynamique, efficace. Il lui faudra trouver l’emploi de son énergie. Sa conversion restera marquée par la dualité de sa nature. Il est prêt, fonctionnaire français, à se retirer en Belgique, et à cumuler les devoirs d’une double citoyenneté. Lui, l’époux d’une pure Wallonne, il ira vivre en plein pays flamand, dans son pavillon d’Oostduinkerke, sur le versant oriental des dunes de la côte occidentale belge. Puisqu’il s’accomplit mieux dans le mouvement que dans l’équilibre, il se partagera entre le Brabant, la Flandre et la France, allant de sa fille à son fils, et toujours espérons-nous, vers ses nombreux amis cominois.

Puisse-t-il, aussi longtemps qu’il le voudra, ne pas rompre toutes nos attaches, ne pas nous condamner aux seuls souvenirs, si vivants et si agréables qu’ils soient. Qu’il trouve, ici et maintenant, dans ces paroles, devant cette assemblée nombreuse et choisie, au nom de l’unanimité de ses collègues, parmi lesquels ses anciens élèves devenus maîtres à leur tour, un témoignage d’estime, de reconnaissance et d’affection fondé de longue date.

Nous accompagnerons nos vœux d’heureuse et féconde retraite d’un cadeau que nous avons voulu propre à satisfaire son goût pour la musique et qui soit le signe tangible et durable de notre harmonie.

À madame Colmont, assurée désormais de trouver près d’elle un mari un peu plus disponible, un peu moins indomptable, nous présentons nos hommages fleuris et confions notre espoir de les voir, l’un et l’autre, accomplir ensemble, avec bonheur, la longue croisière du troisième âge, assurés de l’affection de leurs proches et de la fidélité de leurs amis.

André Schoonheere

Publié dans Grands Cominois | Laisser un commentaire

La Chapelle Notre-Dame des Grâces, à Comines

signée DSCF3817-001Si vous vous êtes baladés dans la campagne cominoise (et je suppose que c’est le cas), vous n’avez pu manquer les petites chapelles qu’on y a construites.

Il en est une devant laquelle vous êtes à coup sûr passés, car c’est la seule qui se trouve en milieu urbain : c’est la petite chapelle Notre – Dame de Grâces, qui se trouve rue d’Hurlupin, presque en face de la pharmacie Segard.

Cet édifice a été construit en briques au début du XXe siècle, et si vous la trouvez en bon état, c’est simplement parce qu’elle a été restaurée en 1990. Cette chapelle témoigne d’une dévotion pour Notre-Dame de Grâces très en faveur dans le diocèse de Cambrai depuis le XVe siècle. On invoquait cette sainte lors des accouchements difficiles .

Notez d’ailleurs qu’une statue de Notre-Dame des Grâces qui aujourd’hui se trouve dans l’église Saint-Chrysole de Comines-Warneton était abritée jusque 1963 dans une chapelle datant, elle, du XVIe siècle : la chapelle Meire, dans la rue de la Procession.

Publié dans Patrimoine religieux | Tagué | Laisser un commentaire

Les maisons bourgeoises des anciens industriels cominois

Maisons indus 3 marquéeÀ la fin du XIXe siècle, l’industrie textile à Comines connaît un essor étonnant, allant de pair avec, d’une part, le développement de la machine à vapeur qui permet une production massive à moindre coût, et, d’autre part, grâce à l’installation du chemin de fer et à l’aménagement d’un nouveau réseau de communication.

Quelques industriels vont particulièrement prospérer à cette époque et emploient à l’époque de très nombreux ouvriers, venus de France et de Belgique. Il s’agit de MM. Hassebroucq, Froidure, Lambin, Catteau, Lauwick et Devos, pour ne citer Maisons indus 5 marquéequ’eux. Ces fabricants vont parfois profiter de la transformation de Comines et de sa voirie pour agrandir leurs usines ou même en construire de nouvelles.

Dans le même temps, ils font construire des demeures somptueuses, signes ostentatoires de leur incroyable prospérité, demeures qui hélas ont disparu aujourd’hui, mais dont on a conservé des photographies. En voici quelques-unes. Dans le deuxième tome de son Comines, Michel Sence a consacré tout un chapitre sur ce sujet, et vous pourrez vous y reporter si vous voulez admirer d’autres exemples de ces somptueux et étonnants hôtels particuliers qui transformèrent la physionomie de Comines, particulièrement dans les rues de Lille, d’Hurlupin et de Wervicq.

Maisons indus 7 marquée

Publié dans Art, urbanisme et architecture | Tagué | Laisser un commentaire

Une Damoiselle de Comines sous la tempête

Quels sont les sites les plus consultés ces derniers jours par les Cominois? Les sites météo, bien sûr! Car la Fête des Louches, c’est toujours de la bonne ambiance, mais si le soleil est de la partie, comme cela devrait être le cas demain, la fête devient grandiose.
Et les Cominois le savent bien : au mois d’octobre, côté météo, on peut s’attendre à tout, et ce n’est pas pour rien qu’on parlait autrefois de « ducasse à bordoul »! Rappelez-vous, il y a trois ans, le cortège historique et le jet des Louches durent être annulés. Les conditions météorologiques étaient en effet telles que ces événements ne pouvaient se dérouler dans de bonnes conditions, et ne permettaient pas d’assurer la sécurité des participants et du public. Ce n’était pas une première. Savez-vous que lorsque fut élue la toute-première damoiselle de Comines, elle eut droit à une intronisation pour le moins mémorable?

1re damoiselle Marie-Ange Leleu
Nous étions en 1964. Le Comité des Louches avait souhaité que soit élue une ambassadrice de Comines, renouant ainsi avec le concours de la Reine de l’Electricité, supprimé en 1947.  Dans l’arrière-salle du Café du beffroi, c’est Marie-Ange Leleu, petite-fille du champion olympique Edmond Decottignies, qui fut élue, après avoir défilé et convaincu les Cominois présents par sa présentation. Un joyeux bal populaire allait célébrer celle élection, et au programme de la Fête des Louches, le comité avait aussi prévu cette année-là un concert exceptionnel le dimanche soir, lors du Festival du macaron : Richard Anthony, à l’époque une grande vedette qui venait de sortir un nouveau tube, Ce Monde, avait accepté de venir chanter à Comines, sous le grand chapiteau dressé pour l’occasion. Décidément, une Damoiselle, un grand chanteur, un bal populaire : tout s’annonçait sous les meilleurs auspices pour cette édition 1964.
Mais dans la nuit, une véritable tempête se leva, assez violente pour détruire complètement le chapiteau. Il fallut donc, la mort dans l’âme, se résigner à annuler le cortège.  Mais que faire d’autre ? La première Demoiselle de Comines n’eut donc pas la chance, quelle ironie du sort! de participer au défilé des Louches. Quant au concert, allait-il devoir lui aussi tomber à l’eau (c’est le cas de le dire)?
Peu s’en fallut qu’il ne le soit, mais fort heureusement la Cotonnière de Comines mit à disposition du Comité un grand local où on put se replier et entendre siffler le train avec Richard Anthony…

Publié dans Fête des Louches | Laisser un commentaire